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Jean-Pierre Kahane (11 décembre 1926 [Paris] - 21 juin 2017 [Paris])

Jean-Pierre Kahane est un mathématicien français du XXè siècle (et du début du XXIè siècle) né à Paris le 11 décembre 1926 et décédé dans cette même ville le 21 juin 2017. Il est le fils du biochimiste Ernest Kahane et de la chimiste Marcelle Wurtz. Il effectue ses études secondaires au lycée Henri IV. Elles sont marquées par l'Occupation allemande, d'autant que la famille de Kahane est juive. Son père est parti en zone libre, mais Jean-Pierre et ses frères sont arrêtés le 11 décembre 1941, le jour de son 15è anniversaire, lors d'une rafle à leur domicile. Ils sont envoyés au camp de Compiègne, dont ils sont libérés une semaine plus tard.

Jean-Pierre Kahane entre à L'École Normale Supérieure en 1946. Brillant étudiant, il est reçu premier à l'agrégation en 1949. Il prépare alors sa thèse sous la direction de Szolem Mandelbrojt comme attaché de recherche au CNRS. Il la soutient en 1954. Elle porte sur l'analyse de Fourier et s'intitule Sur quelques problèmes d'unicité et de prolongement, relatifs aux fonctions approchables par des sommes d'exponentielles. Aussitôt après, il est nommé maitre de conférences à l'Université de Montpellier, puis professeur en 1957. En 1961, il participe activement à la création de la faculté des sciences d'Orsay en y devenant professeur. Il reste membre de l'Université Paris-Sud jusqu'à sa retraite, en 1994; il en est même le président de 1975 à 1978. Sur un plan plus personnel, il se marie en 1951 et a trois enfants.

Trois composantes essentielles marquent l'activité de Jean-Pierre Kahane :

  • la recherche mathématique : Jean-Pierre Kahane est un spécialiste d'analyse harmonique et de théorie des probabilités. On lui doit en particulier des résultats de première importance sur les séries de Fourier ou le mouvement brownien, ainsi que des ouvrages de référence sur ces sujets. Pour ces travaux, il reçoit de nombreux prix (le prix Peccot au collège de France en 1957, le prix Servant en 1972,...). Il devient membre de l'Académie des Sciences en 1998.
  • l'engagement politique : Jean-Pierre Kahane adhére au parti communiste français le jour de ses 20 ans et en reste membre jusqu'à son décès. Longtemps simple militant (même s'il est secrétaire général du principal syndicat de l'enseignement supérieur de 1962 à 1965), il est membre du comité central du parti communiste de 1979 à 1994, en charge des questions relevant de la science, de la recherche et des nouvelles technologies.
  • l'intérêt pour l'enseignement et la diffusion de la culture scientifique : Jean-Pierre Kahane est appelé par Jean-Pierre Chevènement, ministre de la Recherche et de la Technologie, pour présider la mission interministérielle de l'information scientifique et technique en 1981 (jusque 1985). Il assure aussi la présidence de la commission enseignement de l'Union Mathématique Internationale (de 1983 à 1990) et celle de la commission nationale de réflexion sur l'enseignement des mathématiques de 1997 à 1999. Il donne également de nombreuses conférences de vulgarisation, jusque dans les derniers mois de sa vie.

Terminons cette biographie par deux citations de Jean-Pierre Kahane. La première est issue d'un discours à l'Académie des Sciences, le 28 juin 1999, la seconde d'un entretien pour la Revue de Mathématiques Spéciales. Toutes deux illustrent la façon dont Kahane concevait la recherche mathématique.

Je suis un mathématicien professionnel, un bon artisan des mathématiques. Mais je suis aussi un amateur : j'aime découvrir ce que font les autres, et j’aime aussi papillonner. À mon âge, je serai de moins en moins professionnel. J’espère être de plus en plus un amateur, un amateur de tout ce qu’il y a de beau et d’utile dans les mathématiques d’autrefois et d’aujourd’hui.
Comme chercheur, je me suis senti jardinier plus qu’architecte. J’ai donc contribué à découvrir ou à créer des espèces nouvelles, qui parfois semblent étranges avant qu’on s’y habitue. Cependant mon activité de chercheur n’a pas obéi à un plan d’ensemble : j’ai été porté par des questions ouvertes, posées par mes maîtres, par des collègues ou par le hasard de mes lectures. Dans chaque cas il fallait des outils ad hoc, et le plaisir, comme dans tout métier sans doute, était que les outils fonctionnent bien. On sait bien qu’il n’y a pas de plaisir sans douleur, et j’ai beaucoup peiné, comme tout le monde sans doute, en m’égarant, en me trompant, en rectifiant, en recommençant, avant d’aboutir aux résultats qui m’ont procuré le plus de plaisir.

Les mathématiciens contemporains de Kahane (né en 1926)