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Été 1940. La guerre semble avoir choisi son camp. La Pologne, la France ont capitulé. La Grande-Bretagne résiste, mais elle dépend, pour la moitié à peu près de son approvisionnement en matières premières, des importations maritimes. Or, dans les mers, les sous-marins allemands, les redoutables U-Boot, font régner la terreur, coulant de nombreux navires. Ils attaquent de nuit, en meutes. Pour leur coordination tactique, ils échangent de nombreux messages radios, avec le commandement à terre. Ces messages sont cryptés à l'aide d'une remarquable machine, l'Enigma.
L'Enigma se présente sous la forme d'une caisse en bois de
34×28×15 cm, et pèse une douzaine de kilos. Elle est composée :
- d'un clavier alphabétique
- d'un tableau de connexion
- de 3 rotors mobiles à 26 positions
- d'un rotor renvoi à 26 positions (le réflecteur)
- d'un tableau de 26 ampoules correspondant aux 26 lettres de l'alphabet.
Le principe de fonctionnement de l'Enigma
est à la fois simple et astucieux. A chaque fois que l'on presse une lettre, un circuit électrique est fermé,
et s'éclaire une ampoule qui correspond à la lettre codée. En même temps, un ou plusieurs
des rotors mobiles tourne, changeant la substitution qui sera opérée à la prochaine touche pressée.
De plus, le chiffrage est réversible : si en tapant A vous codez D, si vous aviez tapé D, vous auriez codé A.
Ainsi, si le commandement allemand et le sous-marin ont le même réglage de départ, il suffit
à l'opérateur du sous-marin de taper directement le message codé pour obtenir le message clair.
Le nombre de clés est gigantesque (de l'ordre de 1020), et
les allemands ont une confiance totale en la machine Enigma, dont ils fabriqueront 100.000 exemplaires.
Au su et au vu de tous, ils s'échangeront des communications radios cryptées, persuadés que jamais les Alliés ne les comprendront.
Parmi eux, Alan Türing, un logicien
et mathématicien, qui, quelques années plus tôt, a conçu une machine universelle qui formalise
la notion d'algorithme et est le précurseur des ordinateurs modernes. Il conçoit les Bombes,
des machines programmables qui permettent après une vingtaine d'heures de calcul, de décrypter les messages allemands.
Le progès est considérable. Du premier au second semestre 1941, le tonnage coulé chute de moitié (de 2,9 millions de
tonnes à 1,4 millions).
En février 1942, une nouvelle version de la machine Enigma est mise
en service, provoquant un nouveau trou noir dans le décryptage des messages. Grâce à des documents
récupérés sur un sous-marin allemand, et à l'aide technique des Etats-Unis, Bletchley Park
retrouve mi 1943, toujours sous l'impulsion de Türing, la faculté de décrypter les messages allemands.
En 1944, le premier ordinateur de l'histoire, le Colossus, leur garantira une puissance de calcul
suffisante jusqu'à la fin de la guerre : la bataille de l'Atlantique est gagnée! Cela, d'autant
que les allemands ne se douteront jamais que leurs messages sont décryptés. Ils pensent, à juste titre,
que les hommes ne peuvent venir à bout d'un travail aussi titanesque. Ils ne se doutent pas qu'à Bletchley
Park, dans un manoir, une étrange machine réalise cette prouesse!
Le travail d'Alan Türing pour déchiffrer les messages allemands
a profondément changé le cours de la seconde guerre mondiale. Plusieurs centaines de navires,
leur équipage et leur cargaison, furent sauvés. Le débarquement de l'été 1944 a pu être préparé
en toute sérénité... Grâce au génie d'un mathématicien!
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