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Petite histoire de la stéganographie


  L'apparition de la stéganographie, l'art de cacher des informations, est très ancienne, et à peu près contemporaine de celle de la cryptographie. Le premier exemple remonte au Vè s. av J-C, et est raconté dans les Histoires de Hérodote (biographie). Les grecs rasaient les cheveux d'un esclave, puis tatouaient sur son crane un message. Une fois les cheveux repoussés, l'esclave pouvait traverser les territoires ennemis sans éveiller les soupçons. Une fois à destination, il suffisait de raser à nouveau le crane pour récupérer le message. Bien sûr, il ne fallait pas être pressé...

  Les Grecs utilisaient également les tablettes de cire, sur lesquelles ils gravaient leurs écritures. Demeratus, grec à la cour des Perses, qui voulait avertir Sparte d'une invasion imminente de Xerxès, roi de Perse, eut l'idée suivante. Il enleva totalement la cire d'une tablette, grava directement son message sur le bois, puis la revêtit à nouveau de cire : elle paraissait neuve!

  Ce procédé ressemble aux encres sympatiques, qui fut la plus utilisée des méthodes de stéganographie au cours des siècles. On écrit, au milieu des textes écrits à l'encre, un message à l'aide de jus de citron, de lait ou de certains produits chimiques. Il est invisible à l'oeil, mais une simple flamme, ou un bain dans un réactif chimique, révèle le message. L'exemple suivant a été réalisé à l'aide de lait :
Plus gravement, on a découvert dans les années 1980 dans une lettre envoyée par un déporté de la Seconde Guerre Mondiale un message à l'encre sympatique, qui décrit l'horreur des camps.

  Une autre méthode très répandue de stéganographie est de dissimuler le message dans le texte lui-même. Un des maitres en la matière fut l'abbé Jean Trithème. Qu'y-a-t-il de plus courant pour un abbé que d'écrire des litanies religieuses au sens un peu abscons? Jean Trithème substituait à chaque lettre une phrase religieuse. Le sens final est obscur, mais ce qui n'est qu'une simple substitution se trouve amplifiée par la dissimulation.

A = dans les cieux
B = à tout jamais
C = un monde sans fin
D = en une infinité
E = à perpétuité
F = sempiternel
G = durable
H = sans cesse
I-J = irrévocablement
K = éternellement
L = dans la gloire
M = dans la lumière 
N = en paradis
O = toujours
P = dans la divinité
Q = dans la déité
R = dans la félicité
S = dans son règne
T = dans son royaume
U-V-W = dans la béatitude
X = dans la magnificence
Y = au trône
Z = en toute éternité

Message clair
       
Message codé

Nous laissons volontiers de côté d'autres exemples de dissimulation de messages dans un texte, qui relèvent plus de la virtuosité littéraire que de la vraie stéganographie, et renvoyons à cette page.

  La Seconde Guerre Mondiale a vu de nombreuses formes de stéganographie. Les méthodes étaient parfois assez rudimentaires, comme ce message envoyé par un espion allemand :
Apparently neutral's protest is thoroughly discounted and ignored. Ismam hard hit. Blockade issue affects pretext for embargo on by-products, ejecting suets and vegetable oils. Apparemment la protestation des pays neutres est totalement ignorée. Isman frappe fort. L'issue du blocus donne des prétextes pour un embargo sur certains produits, mis à part graisses animales et huiles végétales.
Cela semble tout à fait anodin. Maintenant, en prenant la deuxième lettre de chaque mot, on obtient : Pershing sails from NY June 1 (le Pershing part de New-York le 1er juin). Ceci explique que les américains, qui craignaient beaucoup l'usage de la stéganographie, ont censuré de nombreuses communications, jusqu'aux demandes de diffusion de disques à la radio. De son côté, Radio-Londres a fait grand usage des messages personnels, comme les fameux vers de Verlaine "Blessent mon coeur / D'une langueur / Monotone", qui annoncent le débarquement en Normandie.

  On utilisa aussi pendant la Seconde Guerre Mondiale des moyens de communication plus modernes, comme les microfilms cachés sous des timbres postes ou sur des couvertures de magazine. Les microfilms sont de toutes petites photographies (de la taille d'un caractère), mais qui peuvent contenir l'équivalent d'une page de livre. Cette technique était très appréciée des Allemands.

  Enfin, certains ont dit que la stéganographie aurait joué un rôle dans la préparation des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Les terroristes se seraient échangé divers messages et plans cachés dans des photos pornographiques. On ne sait si cela est avéré, ou s'il s'agit de rumeurs propagées par des gens souhaitant voir voter une loi limitant l'usage de la stéganographie.

Et encore, dans la cryptographie expliquée...



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