Le RSA est-il sûr?


  Les attaques actuelles du RSA se font essentiellement en factorisant l'entier n de la clé publique. La sécurité du RSA repose donc sur la difficulté de factoriser de grands entiers. Le record établi en 1999, avec l'algorithme le plus performant et des moyens matériels considérables, est la factorisation d'un entier à 155 chiffres (soit une clé de 512 bits, 2512 étant proche de 10155). Il faut donc, pour garantir une certaine sécurité, choisir des clés plus grandes : les experts recommandent des clés de 768 bits pour un usage privé, et des clés de 1024, voire 2048 bits, pour un usage sensible. Si l'on admet que la puissance des ordinateurs double tous les 18 mois (loi de Moore), une clé de 2048 bits devrait tenir jusque ... 2079.

  Quoique... Il n'est pas interdit de penser que cela est illusoire. D'abord, les algorithmes de factorisation vont probablement être améliorés. Ensuite, rien ne dit que casser le RSA est aussi difficile que de factoriser n. Il existe peut-être un autre moyen d'inverser la clé publique sans passer par la factorisation de n. En particulier, une mauvaise utilisation de la cryptographie RSA (choix d'un exposant e trop petit, mauvaise complétion des blancs,...) la rend particulièrement vulnérable. Enfin, les progrès de la physique vont peut-être sonner le glas de la cryptographie mathématique. Il a été défini, du moins en théorie, un modèle d'ordinateur quantique qui, s'il était réalisé, permettrait de factoriser très rapidement des entiers. Les ordinateurs quantiques n'en sont encore qu'à leurs prémices, et leur record (automne 2001) est la factorisation de 15=3×5!

  En conclusion, on peut dire que le RSA est probablement une méthode de chiffrement assez sûre; il y a très certainement plus de risques liés à une mauvaise utilisation qu'à une attaque. Il ne faut toutefois pas verser dans un optimisme béat. Rappelons que dans l'histoire, des dizaines de fois, les armées ont cru posséder un chiffrement absolument sûr, et l'utilisaient avec une confiance aveugle; des dizaines de fois les adversaires ont rivalisé d'ingéniosité et ont réussi à décrypter ces messages. L'exemple de l'Enigma est en cela édifiant. Il n'est pas exclu qu'un service secret comme la NSA ait réussi une percée considérable dans un des axes cités précédemment, et que pour lui, le décryptage du RSA ne soit plus qu'un jeu d'enfant!

Et encore, dans la cryptographie expliquée...


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